Le Dieu sans Nom

II. La Clé du Cauchemar

Roman Lutèce

Synopsis

Un an a passé depuis l’expédition dans le Nevestin. Désormais de retour à Asgartha, mais encore traumatisé par ce qu’il a vécu, Ilas essaye tant bien que mal de faire table rase. Les ombres s’insinuent autour de lui. La guerre avec la Lucomorie est imminente, et une affreuse rumeur circule en ville : quelque part au sud, une bête aurait été aperçue. Une bête qui ressemblerait au Yarthan.

Très vite, l’orage gronde sur la capitale impériale. Le Vicaire, un homme impitoyable guidé par la parole du dieu sans nom, s’empare du pouvoir. Tandis que l’empire change de visage, Ilas, considéré comme une menace, est contraint de fuir. Tout s’oppose à lui, jusqu’à sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme…

Format broché 15 x 23 cm – 756 g – 578 pages
Collection : Le Culte des Abysses
Genre : Dark Fantasy
Prix : 23,90€

ISBN : 978-2-900782-10-1
Editeur : Pyrélion
Auteure : Roman Lutèce
Distributeur/diffuseur : Bookélion

Extrait 1

« Ilas marcha toute la nuit sans guère s’accorder la moindre pause. Il lui fallait avancer vite. Quand
le jour se lèverait, chassant l’ombre translucide de la nuit, les steppes Yomies couvertes d’herbe
rase ne lui offriraient aucun refuge. Il serait totalement à découvert. Ses efforts, néanmoins,
finirent par payer. Après des heures de voyage dans les ténèbres sauvages, il distingua son
objectif : une chaîne de collines à l’horizon, comme de vagues ombres peintes sur le ciel clairobscur. Il reconnut avec soulagement les reliefs dont lui avait parlé Alix.
— Enfin, souffla-t-il.
L’aube ne tarderait pas à inonder les plaines. Aussi hâta-t-il le pas, en focalisant son regard sur le
lointain. Les premiers contreforts s’offraient à lui lorsqu’il fit brutalement volte-face. Ce n’était
peut-être qu’un écho anodin, cependant il était persuadé d’avoir entendu un très faible
ronronnement. Sa méfiance le poussa aussitôt à se réfugier derrière un gros rocher où il attendit,
aux aguets, que le bruit se répète. La brise lui porta quelques chuintements qu’il parvint à
reconnaître. En réalité, ils ne lui étaient que trop familiers. Une forme sombre se déplaçait
lentement, dans le ciel. Aussitôt, Ilas s’efforça de se faire le plus petit possible, et se coucha parmi
les pierres et les plantes épineuses.
— Évidemment, maugréa-t-il. Comme par hasard… »

Chapitre 7 – Le vieillard

Extrait 2

« Amer, il se releva et se passa une main dans les cheveux, qu’il trouva un peu trop longs à son
goût, puis rabaissa sa capuche sur son visage. Au milieu de cet océan dunaire, il réalisa être à
découvert. Quelqu’un, même à plusieurs lieues de distance, aurait très bien pu les observer sans
rencontrer la moindre difficulté, et il avait horreur de cette sensation. Rhéa, toujours assise dans
le sable, parut le comprendre.
— Vous avez l’air de craindre que quelqu’un nous tombe dessus, ici, au milieu de nulle part, fitelle alors remarquer en fouillant les environs d’un œil effarouché.
— Ce n’est pas ce qui nous est arrivé aujourd’hui même ?
Il y eut un moment de silence. Ilas s’était montré sec, et avait comme souvent répliqué de façon
instinctive. Même si elle ne se renfrogna pas, Rhéa n’en parut que plus stressée encore.
— Désolé, s’excusa-t-il toutefois, comprenant que son attitude l’avait troublée. Je ne voulais pas
t’inquiéter.
Elle leva la tête vers lui. À son expression, il devina qu’elle ne le croyait qu’à moitié.
— Ça doit faire bien longtemps que vous êtes seul sur la route, Ilas. J’ai l’impression que vous avez
perdu le don de parler aux gens. À moins… que vous ne l’ayez jamais eu.
— La dernière supposition est la bonne, avoua-t-il comme si cela lui en coûtait.
Rhéa parut à la fois amusée et sceptique. Ilas savait qu’elle le jugeait, il pouvait presque sentir son
regard le scruter et tenter de percer ses pensées.
— Ce n’est sans doute pas pour ça que l’Empire est à vos trousses, j’imagine, risqua-t-elle.
— En effet.
— Vous n’aimez pas parler de vous, pas vrai ?
Ilas s’agaça. Alors qu’il faisait quelques pas sur la crête de la dune, elle se leva et le suivit avec un
intérêt qui lui déplut.
— Pourquoi tiens-tu absolument à ce que nous ayons une conversation ? grommela-t-il.
— C’est être humain que d’avoir des conversations, non ? répondit-elle aussitôt d’une voix fluette.
Ça rend les voyages dans le désert moins moroses. Et puis… savoir que quelqu’un se trouve dans
une situation similaire à la mienne, je ne sais pas… pour une raison ou pour une autre, ça m’apaise
un peu. »

Chapitre 13 – Les voyageurs de la poussière

Extrait 3

« Ilas se débattit de toutes ses forces. L’immense gueule fondit sur sa gorge, et il fut incapable de
la repousser. Il hurla. Sur le moment, il se mit à croire que son cri rauque suffirait à effrayer la
thérianthrope. Vain espoir. Elle n’était pas une bête sauvage, mais une créature dotée d’une atroce
intelligence dont les crocs effilés prirent un malin plaisir à frôler sa peau. Des gouttes de salive
dégoulinèrent dans son cou, pendant qu’un sourd grondement émanait de sa gorge. Le
commandant gigota en tous sens. À ce moment, la vieillarde raffermit davantage sa prise.
— Mon mari et moi penserons à vous lorsque nous aurons regagné les égouts d’Asgartha, caquetat-elle en agitant sa langue avec frénésie. Oui… nous penserons bien à vous.
Elle s’arrêta soudain. Ilas l’entendit renifler, sans parvenir à deviner où pouvaient bien se situer
sa cavité nasale sur son visage grotesquement fendu en deux.
— Qu’est-ce que ça sent ? siffla-t-elle.
Ilas perçut également cette odeur. Elle était ténue. Mais il aurait reconnu entre mille ce parfum de
poudre noire et de sang frais. Un claquement puis une détonation accompagnèrent un jet
incendiaire, qui frappa la thérianthrope de plein fouet. Le tir la propulsa contre un mur où elle
s’écrasa misérablement. Sans plus attendre, Ilas se redressa d’un bond et ramassa son sabre,
cherchant du regard l’origine du coup de feu. »


Chapitre 31 – Instinct naturel