À la Frontière du Vide

II. Les Lumières Disparues

Sarah Lutèce

Synopsis

Le temps est compté. Liam le sait. L’Invidia, tapi au plus profond de son esprit, menace de prendre le contrôle. Persuadé que cette issue fatale approche, le jeune homme doit trouver son sanctus, une relique mythique qui lui permettrait de dominer définitivement le Fondamental.

Mais la tâche est loin d’être aisée, d’autant plus que la Noranaï étend son voile d’ombre sur les terres de l’empire. Menée par l’effroyable Véga, la guilde est prête à tout pour mettre la main sur les Hôtes Fondamentaux. Peu à peu, ses soldats se répandent. La terreur s’installe en Meridan’s.

Et tout cela sans compter sur Mare, cet étrange individu jusque-là enfermé dans les abysses et dont Liam ne parvient pas à deviner les intentions. Cherche-t-il à l’aider ou à le manipuler ? Heureusement Liam n’est pas seul. Aidé d’Aaron, de Rita et de Caleb, il devra tout mettre en œuvre pour échapper aux menaces qui pèsent sur lui… qu’elles viennent des autres, ou de lui-même.

Format broché 15 x 23 cm – 822 g – 645 pages
Collection : Le Culte des Abysses
Genre : dark fantasy
Prix : 23,90€

ISBN : 978-2-900782-08-8
Editeur : Pyrélion
Auteure : Sarah Lutèce
Distributeur/diffuseur : Bookélion

Extrait 1

« Déjà, Caleb franchissait la grande porte ouvragée de la pagode, et s’enfonçait dans la
pénombre. Sur ses talons, Rita ruminait silencieusement, les sens aux aguets. L’endroit
fleurait l’encens, mais surtout le sang. Dès les premiers mètres, plusieurs corps gisaient
sans vie sur le sol, éventrés ou tranchés en deux. Pour certains, les différents morceaux
avaient été éparpillés. Pour d’autres, il en manquait la plupart, sans doute goulûment
avalés par la créature.
Dans le silence du temple, Caleb fit soudain signe à sa compagne de s’arrêter. Il y avait
du bruit, au-devant d’eux. Hélas, et malgré les chandelles qui avaient survécu à l’assaut,
l’exorciste restait bien incapable de voir de quoi il s’agissait.
— Il y a des gens, lui apprit Rita, peu enthousiasmée par la scène.
Caleb s’avança jusqu’à eux. Des femmes, des hommes et des enfants s’étaient
recroquevillés dans un coin. En tout, il devait être une dizaine, pas plus. Aussitôt, il
s’accroupit près d’eux, et tâcha de se montrer rassurant en échangeant quelques mots
dans leur dialecte.
— Tu parles leur langue ? s’étonna Rita.
— Oui. J’ai déjà séjourné plusieurs fois dans la région, et leur langage n’est pas très
difficile à saisir.
Après quoi, il revint auprès des survivants, qui se mirent à balbutier de concert. L’un
d’eux, une vieille femme, désigna le plafond en tremblant.
— Qu’est-ce qu’ils disent ? s’enquit Rita.
— La… chose est revenue.
Ils levèrent la tête. Lovée entre les poutres, une bête odieuse semblait les observer.
Elle n’avait ni yeux ni traits humains. Au lieu de cela, sa face de goudron s’étira, ouvrant
une bouche béante dotée de dents plates et disproportionnées.
— Je crois qu’on l’a trouvé, lâcha Caleb. »

Chapitre 9 – Le monstre insatiable

Extrait 2

« Tel un chien de chasse, Liam huma l’air pourri du bayou, attiré par un parfum
irrésistible.
— D’où ça vient ? se demanda-t-il, excité par cette fragrance si suave et capiteuse
qu’elle l’écœura presque.
Il accéléra. Ses épaisses griffes raclaient l’argile et le bois qui émergeaient ici et là de
l’eau verdâtre. Incapable de réfléchir, seulement mû par un instinct bestial, celui du
monstre qui l’habitait et qui lui dictait chacune de ses actions, il reconnut cette odeur.
C’était celle du sang. Celle d’un sang bien particulier. Bientôt, sa présence se fit plus forte

et tenace. Il reconnut la marque de la pourriture, de la vermine. Celle de l’Aura noire.
Liam stoppa soudain tout mouvement. Fondu dans les ombres, uniquement trahi par la
lumière bleue émanant de ses yeux et des tatouages dans sa chair, il observa, trépignant
d’impatience.
Une dizaine de cabanes sur pilotis, bâties contre le tronc d’immenses cyprès,
semblaient vouloir se dissimuler à sa vue. Réprimant un frisson, il examina les pontons
de fortune qui les reliaient. Il scruta les terrasses complètement décrépies, les torches
éteintes et les toits à demi effondrés, envahis par la végétation moribonde des
marécages. Tout à coup, un mouvement révéla une présence. Il y avait bel et bien
quelqu’un ici, malgré le silence assourdissant. Alors, il se rua en avant. »

Chapitre 18 – Marais sanglant

Extrait 3

« — Je crois que tu peux me lâcher la main maintenant, joli-cœur, lui glissa Rita dans
un presque murmure.
Liam, réalisant qu’il la lui tenait encore, s’exécuta comme s’il venait tout à coup de
toucher quelque chose de brûlant. Amusée, sa compagne ne fit cependant aucun
commentaire.
— Eh bien, je ne me rappelais pas que tu avais une telle phobie des grands fonds,
lâcha-t-elle, songeuse.
— Ce n’est pas les grands fonds qui m’effraient, mais ce qu’il y a dedans… la détrompa-
t-il en s’efforçant de ne pas trop y penser.
— Ça ne devrait pas faire peur à un gaillard tatoué comme toi !
Peu certain de voir où elle voulait en venir, Liam haussa un sourcil.
— Quoi ?
— D’ailleurs, reprit Rita en changeant tout à coup de sujet, quand on se préparait tout
à l’heure, j’espère que tu ne m’en veux pas d’avoir eu…
— Le regard baladeur ? devina-t-il.
— Moui, reprit-elle, l’air lointain. J’ai d’ailleurs été assez surprise. Je ne savais pas que
tu en avais autant, des tatouages…
— Je dois admettre que j’en suis encore étonné. Même si ce n’est pas aussi
spectaculaire qu’au début, j’ai encore une ou deux runes qui apparaissent par-ci par-là
de temps en temps… Je ne sais pas pourquoi l’Invidia me marque à ce point, soupira-t-il.
C’est d’autant plus singulier que les autres Hôtes semblent plutôt épargnés,
contrairement à moi.
— Donc… c’est lui qui t’a marqué sur tout le corps ?
Il fit mollement signe que oui, en jetant un œil aux runes qui ornaient ses mains et ses
avant-bras.
— Ouep. Je n’en avais pas un seul avant. Ils sont apparus un peu au fur et à mesure.
Rita les observa à son tour, quelques instants, puis un sourire étira ses lèvres.
— Dommage… J’ai pas eu le temps de voir si t’en avais sur le…

— Eh, du calme les jeunes, on vous entend, hein ! l’interrompit une voix, qui s’avéra être
celle d’Aaron, depuis un petit haut-parleur devant eux. »

Chapitre 29 – La bouche d’Arhnam